Introduction

Ce dossier est consacré à un Ophrys méconnu, Ophrys philippi Grenier (= O. Philippi), décrit de la région toulonnaise en 1859 par un botaniste de Besançon, Charles Grenier (1808 - 1875) sur des envois d'un botaniste varois, M-Y Philippe, et perdu de vue depuis la dernière notation connue en 1912. Redécouvert en mai 2000 tout à fait par hasard par l'auteur de ce site, cet Ophrys n'a pas dans un premier temps été reconnu comme tel, les illustrations le concernant étant rarissimes. La parution d'un article très documenté de Pierre Delforge dans les Naturaliste Belges de l'automne 2000 a permis d'enfin reconnaître cette rare espèce, malgré la différence de traitement de l'auteur, qui, lui, n'a pas vu de plantes fraîches mais a seulement travaillé sur des exemplaires d'herbier, avec toutes les incertitudes liées à ce genre d'étude.

Depuis lors, nous n'avons cessé de penser à cet Ophrys, et pendant l'hiver, en attendant la saison de floraison, nous avons cherché dans les herbiers de la région si nous pouvions trouver quelque chose. Avec succès puisque Errol Vela a trouvé un exemplaire dans l'herbier Jahandiez de Marseille, et que nous avons découvert grâce à Philippe Orsini et son équipe deux parts dans l'herbier du Muséum de Toulon : une de l'herbier Albert, une autre de l'herbier Huet. Tous ces botanistes étaient cités comme ayant vu O. philippi dans le seul ouvrage relativement récent donnant des localisations, le Catalogue des Plantes Vasculaires du Var, d'Albert et Jahandiez, 1908. La comparaison de ces plantes d'herbier avec celles de l'herbier original de Grenier (Muséum de Paris, photos obligeamment fournies par Rémy Souche et Jean-Marc Lewin) a permis de confirmer la concordance de toutes ces plantes. Nous avions donc retrouvé un Ophrys qui n'avait disparu que de nos mémoires.

Le Catalogue d'Albert et Jahandiez nous donnait une indication majeure : il énumérait les rares stations connues de l'époque en donnant des localisations assez précises, toutes situées dans la moyenne vallée du Gapeau. Nous avons donc préparé la saison de prospection sur ces bases, en imaginant les biotopes à fouiller en se référant à la seule station découverte en 2000, qui elle n'était pas notée dans le Catalogue. Ce fait nous a laissé l'espoir d'en trouver d'autres, bien que le paysage ait fortement changé en un siècle dans la région... Tout de suite la chance nous a souri, Daniel Pavon et Errol Vela trouvant quelques pieds dans un "locus classicus" du Catalogue (le locus classicus de Grenier est trop imprécis : Montrieux près de Toulon, mais c'est dans cette zone-là). Peu de temps après, Marc Vidal, le "régional" du groupe, en a trouvé une autre d'une dizaine de pieds, dans un endroit différent et non répertorié. Moi-même, en allant chercher sur le site d'une localisation du Catalogue, ai trouvé une nouvelle zone complètement différente pour le biotope, mais qui c'est révélée d'une grande richesse et nous a permis d'ouvrir notre champ d'investigation dans de nouvelles directions.

Cette espèce est rare mais les populations peuvent être importantes, et elles se situent dans des zones de passage (bord de chemin, sentiers de randonnée...) : comment a-t-elle pu disparaître de toute mention pendant si longtemps ? Je suis moi-même passé dans ces zones et à la bonne époque sans avoir rien vu !

La saison n'est pas finie à ce jour, et je ne doute pas que de nouvelles et fructueuses découvertes viendront combler notre soif de connaissance.

Ce dossier étant en évolution permanente, je vous propose de revenir de temps en temps découvrir les nouveautés qui ne manqueront pas j'espère. Il contiendra bien sûr des photos, la description de l'espèce, mais aussi des commentaires, la cartographie, les articles publiés sur le sujet, une bibliographie et d'éventuels liens sur le sujet...

À bientôt donc

Pierre-Michel Blais
Entrecasteaux, le 19 mai 2001